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Cufay Dominique, Une première grande victoire pour un colombier débordant d'ambition


Dominique Cufay, à droite avec le vainqueur de Biarritz et son soigneur à
gauche avec le 8e international Dax.

Remporte le Biarritz international



Rencontrer des colombophiles de la trempe de Dominique Cufay est un véritable bonheur. L'homme est d'une sympathie débordante et d'un enthousiasme communicatif. Vous le connaissez d'une dizaine de minutes à peine que le tutoiement vient naturellement.
Sa carrière colombophile, il la mène tel un chef d'entreprise, d'ailleurs il possède une petite société de construction qu'il dirige seul. On ressent cette même habitude à prendre d'importantes décisions, d'être son propre chef, de travailler pour ses intérêts, dans tout ce que Dominique fait dans la colombophilie. Il s'est fixé un but, s'est donné des repères et tient à tenir la route qu'il s'est ainsi tracée, cela semble dans le caractère de l'homme. Une sacrée personnalité, assurément.

C'est ce même aplomb qui l'habitait déjà dans sa jeunesse et qui lui fit franchir le pas qui le séparait de la colombophilie. En fait, un vieux colombophile demeurait dans sa rue, chaque jour, à la même heure, Dominique voyait ses oiseaux s'ébattre dans le ciel et ensuite rentrer à la même heure, comme attiré par il ne savait trop quoi. Avec sa bande de copains, il fut décidé d'aller frapper à la porte du vieil homme pour avoir de plus amples renseignements quant à cette pratique obscure. A peine le doigt avait appuyé sur la sonnette que, tel une bande de moineaux, les compagnons de jeu s'éparpillèrent aux quatre coins. Avant que la porte ne fut ouverte, il se trouvait là sur le seuil et ne savait trop ce qu'il allait bien pouvoir raconter.
Il expliqua carrément ce qui le tourmentait et le vieux colombophile trouva de l'intérêt à pouvoir communiquer sa passion. Le pas était franchi, Dominique venait de décider que dès que la possibilité lui serait offerte, il serait colombophile. "J'avais un coulon ici" nous indique-t-il en désignant son ventre.

Vers 16 ou 17 ans, il commença à participer aux concours, lui tout au moins car les pigeons n'étaient trop décidés à l'encourager à poursuivre dans cette voie. Les résultats le boudaient, il en fallait toutefois plus pour avoir raison de son opiniâtreté. Il jouait à l'époque à Tourcoing.

En 1992, il vient habiter à son adresse actuelle et se remet de suite à participer au jeu de pigeons. Même désolation, même verdict mais Dominique s'accroche.
Via son meilleur ami, Philippe Deleu, il récupère les pigeons d'un très bon amateur flamand, un certain Vandekerkhove de Sledinge. Les années 94' et '95 sont un véritable succès, il joue en champion dans la discipline du demi-fond.
Dominique sent que quelque chose lui manque, il lorgne vers le fond et le grand fond, pour lui les succès à ce genre d'étapes sont marquants, c'est vraiment à présent la catégorie dans laquelle il veut briller. Il comprend mieux ce qui l'a poussé à venir au jeu de pigeons. Les grands exploits, ceux demandant un travail harassant au voilier, ceux qui forcent le respect, c'est vers cet objectif qu'il veut désormais tendre.

Il se renseigne et trouve en Van den Eijnde en Hollande le parfait fournisseur pour ses débuts. Il part armé de sa seule langue et de quelques mots d'anglais à l'aventure en Hollande. De Deurne, il reviendra avec deux mâles et une femelle. Il étudie alors les résultats des internationaux, il repère les colonies les plus brillantes et débarque ainsi chez Hagens. Il écoute l'homme et dirige son choix en fonction de ses conseils. Il aura alors la grande chance en faisant l'acquisition de deux fils de "Sarina" de posséder les descendants d'un 3e international car la belle dame réussit cet exploit après le passage de Dominique en Hollande. Des fils des grands voyageurs comme "Rijs" et "Olano" seront également dans la malle de retour. Une quinzaine de sujets Hagens seront de la sorte acquis au fil du temps.


Son attention est alors focalisée sur les Bruggeman. Il visitera donc les entrepôts à fromages, passage obligé avant de pénétrer dans les colombiers d'Assendelft. Il fera l'acquisition d'un petit-fils de "Orhan" mais aussi d'une fille à la meilleure voyageuse de la colonie.
Avec ses Bruggeman, mariés aux Van den Eijnde, il réussira quelques belles unions. De même qu'avec les sujets de Rudy Hermès qui au départ étaient des Van den Eijnde, toujours mariés aux Bruggeman, il trouvera son meilleur pigeon qui vola trois fois la tête sur Barcelone et Perpignan, trois années de suite.

Pas encore suffisant aux yeux de Dominique, il s'est mis en tête de travailler plusieurs lignées, de créer une colonie capable de durer dans le temps, une colonie avec une solide assise.
Il se rendra alors chez Straetmans pour y faire l'acquisition d'une trentaine de sujets. Il jettera aussi son dévolu sur une fille consanguine sur le "Lauréaat Barcelona" de chez Gyselbrecht, sans se rendre compte que ce jour-là, il avait acheté la poule aux oeufs d'or. Deux femelles Troncquoy mais aussi des échanges avec l'ami Marc Pruvost et voilà fait le tour des introductions. Une seule ligne de conduite guidera les choiplonger au coeur des meilleures lignées et y ratisser le plus large possible.
Ces voyages successifs en Hollande donnent une bien fière allure au colombier de reproduction. Sur les 45 couples, pas moins de 40 mâles sont des originaux portant une bague hollandaise.

Dans le même temps, Dominique se dota d'installations exceptionnelles. Les pigeonniers se mirent à pousser tels des champignons et forment un luxueux ensemble dans le magnifique jardin. Ces colombiers renferment les 60 veufs de deux ans et plus, une soixantaine de yearlings mâles joués au célibat occupent les premiers colombiers qui avaient été construits en dur, contrairement aux autres qui ont été acquis dans une firme spécialisée. L'accent à été mis sur la facilité en même temps que la propreté. C'est comme cela que le colombier principal de veuvage a vu son plancher muni de tiroirs se faire remplacer par des caillebotis. Pas de problèmes d'aération dans la mesure où ces caillebotis sont disposés avec un vide d'un mètre en dessous, laissant de la sorte passer les fientes qui tombent directement à terre. L'ambiance au sein de ce local est absolument géniale, aucune impression de chaleur alors que le thermomètre s'affole aux alentours des 35 degrés. La forme n'y pénètre toutefois qu'assez tard dans la saison, mais comme c'est l'époque choisie par Dominique, celle coïncidant à l'organisation des épreuves internationales, il suffit juste de ronger son frein jusque fin juin...

Toutes ces facilités avaient été envisagées en fonction de l'emploi du temps de Dominique, il devait assurer les soins au colombier et en même temps veiller à ce que sa petite entreprise tourne. Pas évident le métier d'indépendant, surtout dans le bâtiment.
Depuis un peu plus d'un an, il peut toutefois compter sur l'aide du frère de son meilleur ami, celui-là même qui lui avait procuré les pigeons ayant permis de jouer convenablement. Alain Deleu, frère de Philippe, donc, habite la maison où sont hébergés les pigeons Cufay. Chacun a trouvé son compte dans cet arrangement entre amis.


Dominique avoue franchement ne pas toujours avoir été content de la méthode employée, il a longtemps cherché afin de tendre vers une alimentation rationnelle et a finalement opté pour le bac plein, débordant même devrions-nous écrire. En fait, il ne se montrait pas trop satisfait lors de la prise en mains, jusqu'à ce qu'il se décide à passer au mélange diète en fin de préparation de manière telle à ce que le pigeon puisse jouir d'un choix très vaste. Il a remarqué que plus le menu est varié, plus le veuf se mettra à rechercher sa graine favorite et plus il en mangera. Depuis l'instauration de cette méthode, il a vu un changement radical.
Il agit quasi de la même manière dans la prophylaxie. Il préfère, durant la saison des concours, administrer une cure rétablissant l'équilibre de la trichomoniase, associée aux soins contre l'ornithose et ce durant une période assez longue pouvant aller jusque 5 ou 6 jours mais opérée loin de la prochaine mise en loges. Les pigeons ont de la sorte le temps d'absorber la médication et de reprendre les forces nécessaires à l'accomplissement des performances ultérieures.


F02-627178, premier international Biarritz
Ce mâle noir vient donc du côté paternel d'un pur Bruggeman. On retrouve le fameux "Orhan" dans son pedigree. La mère est issue de deux pigeons allemands de la colonie Rudy Hermès mais va chercher les fameux Van den Eijnden si appréciés par Dominique.
En début de saison, il vola deux étapes de vitesse et rata ensuite sur Poitiers et Bergerac. Il participa à San Sebastian et en revint frais comme un gardon mais juste en dehors de prix. Il fut enlogé sur Biarritz dans un état de forme exceptionnel avec le succès que l'on sait!
Il est certainement de bonne souche puisque son frère né trois ans plus tôt vole le 15/1901 national Barcelone, 80/2757 Limoges, 126/1765 national Perpignan, 107/1590 national Barcelone, etc. Un couple performant assurément.

Cette étape de Barcelone est celle qui a la préférence de Dominique, on peut d'ailleurs y observer sa constante progression.
En 2001, il s'y classait 107, 130 et 250 de 1590 participants au national.
En 2002: 15, 77, 92, 94, 107, 131, 153, 252, 283, 328, 329 de 1901 participants.
En 2003, dans 1835 pigeons: 25, 50, 53, 63, 168, 244, 284, 285, 340, 352, 409, 414.
En 2004: 20, 92, 218, 300, 384, 401, 403, 446 dans 1993 pigeons.

8e international Dax 2004 avec un produit 50 % Gyselbrecht
Dans une vente organisée en France, Dominique eut l'attention attirée par la présence d'une femelle d'origine Gyselbrecht. Il s'y rendit mais sans grand espoir, il croyait que l'oiseau serait bien trop prisé. Contrairement à ses craintes, il ne dut débourser que quelques milliers de francs et possédait ainsi un produit consanguin sur les Vanbruaene. Cette femelle était en effet une propre fille au vainqueur international de Barcelone chez Gyselbrecht en 1995, le "Lauréaat Barcelona" qui avait été pour la circonstance accouplé à une de ses demi-soeurs qui était par sa mère une petite-fille au vainqueur international de Barcelone en 84 chez le Maître Vanbruaene en personne.

C'est ici que la chance fait son apparition. Trop pris par ses occupations professionnelles, Dominique laissa le soin de l'accouplement à un ami qui mit cette descendante de vainqueurs internationaux en présence d'un sujet d'origine Straetmans, celui possédant le pedigree le moins flatteur à ses yeux. Ce n'est que bien plus tard que Dominique se rendit compte de la chose. En effet, quatre écaillés se distinguaient particulièrement en rentrant toujours les premiers des concours réservés aux yearlings. C'est à ce moment que Dominique consulta leur fiche pour se rendre compte qu'ils venaient tous de ce couple et donc de cette femelle Gyselbrecht qu'il avait un peu perdue de vue. Inutile d'écrire que les oeufs de cette splendide écaillée sont désormais considérés au même titre que le métal le plus précieux et que dans le même temps chacun des produits de la femelle Gyselbrecht est tenu à l'oeil.

C'est le FR01-560409 qui enlèvera cette année le 8e international du difficile Dax. Il ratera de peu la victoire nationale en France en prenant la seconde place. Auparavant, il avait volé le 77/1335 national Pau, 253/5379 Tulle. En 2003, il obtenait déjà un classement par dizaine de Limoges et de Dax international. Plusieurs de ses frères sont sur le même chemin!

Des principes simples qui devraient mener très loin la colonie Cufay
Sympathie, simplicité, des termes qui viennent directement à l'esprit au contact de Dominique, comme nous l'écrivions en début de reportage.
Cette même simplicité se retrouve au niveau des soins et de la manière d'aborder la colombophilie. De ses visites en Hollande, il est revenu avec ce même esprit qui anime nos voisins par-delà le Moerdijk. Dominique a retenu la leçon: il faut jouer, tester à la distance et encore jouer l'entièreté de l'équipe de jeu. Certes, cela demande des sacrifices financiers mais les résultats prouvent la logique de la méthode. Il n'y a pas que chez Cufay que nous avons observé cela cette année et ne serait-ce dans cette voie qu'il faut chercher l'incroyable progression de la colombophilie en France? La Hollande s'est d'abord imposée de cette manière et nos voisins français s'inspirent de leur façon de procéder mais vont également chercher chez eux les descendants de leurs meilleurs champions!

Comme tous les colombophiles, Dominique cherche continuellement la meilleure manière de nourrir, il est à l'écoute de tout ce qui pourrait le faire progresser mais comme de nombreux champions, il s'est rangé à l'évidence du "bac plein" et du libre service. Voilà qui vient singulièrement balancer un grand coup de pied dans le grand livre des secrets... de polichinelle!
L'impression de puissance tranquille que dégage la colonie entière, l'incroyable qualité de la volière de reproduction, l'envie de se dépasser et de toujours progresser, voilà autant de paramètres qui semblent nous indiquer qu'il faudra tenir cette colonie à l'oeil.

Nous sommes certain que le brave "coulonneux" ayant ouvert la porte sur son monde mystérieux lorsque Dominique venait le solliciter avec son incroyable culot, ce brave homme, de tout "là haut", doit être bien fier du galopin à qui il a transmis une partie de sa passion. Nous écrivons une partie car Dominique était né avec un coulon dans le ventre.