Retour sur 6 années de mandat à la RFCB. PIPA met Dirk Schreel sur le grill

L'équipe dirigeante actuelle de la RFCB est en place depuis bientôt 6 ans. Il était temps de tirer un bilan. Ce qui a été réalisé et accompli mais aussi ce qui n'a pas marché. Et surtout... à quoi peut-on s'attendre dans le futur.


Dirk Schreel: président actuel du comité sportif national de la RFCB

Nous tenons à souligner que nous avons pu avoir un entretien ouvert lors duquel aucun sujet n'aura été occulté. Nous avons pu poser nos questions au président du comité sportif national, monsieur Dirk Schreel.

PIPA: Bonjour Dirk, quel est le regard que vous portez sur vos 6 années de mandat à la RFCB?
D.S.: Ce fut pour moi une période pleine d'apprentissage avec des expériences tant positives que négatives. C'était ma première expérience en tant que mandataire (national) et beaucoup de choses étaient nouvelles pour moi. La première fois que je me suis rendu à Halle et que j'ai pu me rendre compte du travail qu'il y avait au sein de la RFCB, mon estomac s'est retourné. Je me suis alors focalisé sur la manière de diriger et sur la méthode de travail à adopter à Halle mais aussi sur ce qui nous attendait. L'aspect financier, les procès avec réclamation, l'équité sportive… nous avons dû tout analyser et apporter des changements drastiques afin de trouver des solutions.

PIPA: Etait-ce si grave?
D.S.: Honnêtement? J'étais en colère, oui. La RFCB reste une entreprise. Avec des employés. Lorsque nous avons commencé notre mandat en 2011, cela ne ressemblait pas du tout à ça.

PIPA: D'après vous, quels étaient les plus gros problèmes?
D.S.: La structure qui était vieillissante. Lorsque vous êtes élu, vous devez directement vous mettre au travail. Personne ne sait réellement où il doit commencer. La RFCB est une entreprise avec un chiffre d'affaire annuel compris entre 2 et 2,5 millions. Ce n'est pas rien. En fait, une telle société devrait être gérée par un véritable CEO. Quelqu'un qui est avant tout un point de contact et qui peut décider et âgir directement.

PIPA: C'était donc là le noeud du problème?
D.S.: En effet. La structure n'était pas bonne. C'était même totalement mauvais. Et cela représentait un travail considérable. Que cela concerne Stefaan, président national, oui moi-même, président du comité sportif national, nous sommes tenus à des statuts, à un règlement sportif et cela, on ne peut pas le changer. Comme prendre des décisions urgentes. Pour cela, on doit toujours passer par le comité sportif national (pour tout ce qui concerne le sportif) et, en dernière instance,  le conseil de gérance national. Ils se réunissent ensemble deux fois par an (avant, c'était même 1x par an!). S'ils finissent par dire 'non' là-bas, vous restez bien seul avec vos bonnes dispositions.

PIPA: Le monde extérieur ne comprend pas toujours le mode de fonctionnement.
D.S.: Je peux parfaitement le comprendre. Afin d'améliorer ou de changer certaines choses (que cela soit sportif ou financier), vous avez besoin d'une majorité lors de l'AG et pour changer les statuts, il faut même une majorité des 2/3. Mais le problème avec ces AG, c'est que vous y côtoyez des gens qui ont des intérêts différents (parfois même totalement opposés), voir même des groupes d'intérêts (les organisateurs par exemple).

PIPA: C'est donc difficile d'adopter une ligne de conduite.
D.S.: Si vous avez déjà assisté à une AG de la RFCB, comme vous en tant qu'organe de presse, vous savez parfaitement ce que je veux dire. Prenez par exemple les discussions sans fin sur certains thèmes venant du côté wallon de l'opposition.

PIPA: Est-ce que ces personnes ne pensent pas qu'elles devraient envisager d'arrêter d'aller plus loin? Qu'il y a un besoin de modernisation sur certains sujets. Ce n'est pas étonnant que pour certains étrangers, notre sport est encore perçu comme un sport de vieux. Mais seul, que peut-on faire?
D.S.: Ce n'est pas facile. Il y a trop de gens qui ne pensent qu'à leur société, qu'à leur région, voir uniquement à leur province. Si vous siégez à Halle en tant que mandataire provincial, vous devez apprendre à penser 'national'. Pour certains, cela reste toujours aussi difficile. Ce qui est bon pour l'ouest du pays est tout simplement inutile pour l'est et vice versa. Le même problème subsiste pour le nord et pour le sud du pays, disons-le clairement entre la Flandre et la Wallonie. Trouver un juste milieu qui convient à toutes les parties n'est pas chose aisée. Et pourtant, vous devez tenir compte de cela lorsque vous siégez au conseil de gérance national.

PIPA: Les gens qui ne réussissent pas sont souvent à la base des problèmes. Les rumeurs se propagent vite, particulièrement avec les réseaux sociaux. Certaines personnes se retrouvent ensuite dans l'oeil du cyclone, qu'avez-vous à dire là-dessus?
D.S.: Je ne pourrai pas mieux résumer le problème. Ce qui est regrettable, c'est que les rumeurs sont basées sur des demi-vérités ou sur des ragots. Personne ne se retrouve alors gagnant. Et lorsque la vérité est finalement révélée, on ne vous croit plus. Ensuite, sachez aussi que la RFCB ne peut pas communiquer délibérément sur certains sujets, souvent pour des raisons juridiques (exemple: vice de procédure). Cela suscite également l'incompréhension.

PIPA: Vous vous êtes vous-même retrouvé dans l'oeil du cyclone et vous avez été critiqué sur plusieurs sujets. N'avez-vous jamais pensé à jeter l'éponge?
D.S.: Les critiques... c'est exact, on a souvent beaucoup parlé de moi. Cela n'a jamais été facile à vivre. Dans ces moments, le plus facile serait effectivement de jeter l'éponge. Mais je suis fier d'être resté à mon poste puisque j'ai tout de même pris un engagement pour une durée de 6 ans. De plus, les gens qui parlent dans ces moments ne connaissent en fait pas le fond du problème. Certes, des erreurs ont été commises et nous nous devons d'y apporter des solutions. Des mauvaises décisions ont parfois été prises et l'on se doit alors de les corriger du mieux possible.

PIPA: Seriez-vous capable de gérer cela différemment aujourd'hui?
D.S.: C'est toujours facile de parler après. On entend alors les gens dire que l'on aurait dû faire ceci ou cela. Parfois, les gens ont raison mais c'est comme ça. Je me dois de le reconnaître.

PIPA: C'est un petit peu comme dans le football. Les meilleurs entraîneurs se trouvent toujours en tribune. Parler après le match est toujours beaucoup plus simple puisqu'on connait tous le score final.
D.S.: C'est juste. Encore une fois, il est impossible de prendre des décisions sans passer par l'AG ou le comité sportif national qui ne se réunissent que deux fois par an. D'où l'importance de créer un poste de ‘general manager’ qui pourrait prendre rapidement des décisions lorsque cela s'avère nécessaire.

PIPA: Vous reconnaissez quand même que certaines choses n'étaient pas parfaites?
D.S.: Je pourrais utiliser certains points pour ma défense, des preuves, pour discréditer certaines personnes. Mais cela ne m'amènera à rien. Bien qu'en principe, certains sujets doivent être abordés lors de la prochaine AG d'octobre. Des choses que tout le monde peut et doit savoir. Les élections auront alors déjà eu lieu et personne ne pourra nous reprocher d'utiliser ces choses pour notre campagne.
Le but de l'équipe dirigeante actuelle était de faire de la RFCB une structure moderne et efficace. A tous les niveaux. Nous avons entrepris beaucoup de choses. C'était nécessaire! Mais peut-être trop à la fois et trop vite. Mais nous avons ensuite toujours examiné la situation, nous l'avons évalué et nous y avons apporté des améliorations. Cela, personne ne pourra nous le reprocher.

Une RFCB avec une structure financière saine

PIPA: Une question que je me pose souvent: il existe suffisamment de ressources financières pour mener à bien une modernisation. Certains ne la souhaitent pas?
D.S.: Lorsque nous sommes arrivés il y a 6 ans, la situation financière était floue. Il y avait alors plusieurs procès en cours pour un total de 900.000 euro en jeu. Avec l'affaire Motz (qui réclamait pas moins de 700.000€), on avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pour ces affaires en cours, aucune réserve n'avait été constituée. Même les coûts de la comptabilité via une société externe constituaient un lourd fardeau.

PIPA: Mais vous avez réussi à redresser la barre?
D.S.: Oui mais cela n'a pas été facile. Nous avons d'abord travaillé sur un tampon financier, au cas où nous perdrions certaines affaires en cours. Comme vous le savez probablement après avoir assisté à une AG de la RFCB, l'affaire Motz a été réglée avec un peu de négociation. Nous avons alors pu bénéficier d'un fameux bonus financier que nous avions destiné à cette affaire. En ce qui concerne la comptabilité, nous en gérons dorénavant la plus grande partie grâce au programme informatique sud-africain.

PIPA: Et les Olympiades? Elles représentaient tout de même un sérieux coût?
D.S.: En effet. Comme nous l'avions prévu, cela devait être une opération nulle. Au final, nous sommes juste au-dessus du seuil de rentabilité. Dommage qu'elles aient eu lieu durant la période critique que notre pays a connu car nous aurions pu en profiter beaucoup plus.

PIPA: La règle des 3% a été annulée et doit être compensée par une taxe supplémentaire sur le prix de la bague pour les amateurs qui achètent plus de 150 bagues par an. Est-ce que les premiers résultats sont positifs?
D.S.: Ce que beaucoup de gens ne savent pas, c'est que pour contrôler correctement chaque vente afin de percevoir ces fameux 3%, plusieurs employés de la RFCB travaillaient pratiquement full-time. Cela représente évidemment un coût qui doit être déduit de ce qu'il génère. C'est maintenant la deuxième année que nous essayons de compenser cela via une augmentation du prix de la bague sous certaines conditions. Et de ce fait, les premières estimations du bilan comptable de l'année 2017 laissent entrevoir un effet positif.

PIPA: La RFCB est-elle financièrement saine pour l'avenir?
D.S.: Je peux vous confirmer que nous laisserons une entreprise financièrement saine à nos successeurs. Il n'y aura pas de cadavres dans les armoires pour la prochaine équipe dirigeante. Il n'y a aucun problème juridique ni aucune affaire en court au tribunal. Le seul aspect qu'il faudra continuer à travailler, c'est la structure de l'organisation.

PIPA: Comment ça?
D.S.: Prenez la gestion commerciale d'une société. Une entreprise avec une masse salariale s'élevant à 40% n'est pas saine. Mais au sein de la RFCB, ce problème sera bientôt solutionné. Dans les années à venir, le personnel se réduira de 20 à 30% de façon naturelle (pension). En conséquence, nous économiserons entre 200 et 300.000 euro par an que nous pourrons consacrer à d'autres postes.

Changement sur le plan sportif

PIPA: Je suppose que cette manne financière sera la bienvenue pour investir dans le volet sportif?
D.S.: Le sportif, c'est de mon ressort mais c'est un département assez ingrat car vous dépendez beaucoup trop des autres. Au début, les réunions du comité sportif national (CSN) étaient toujours surchargées. Mais actuellement, je dois reconnaître que notre programme est bien équilibré et nous arrivons régulièrement à un consensus au sein du CSN. Tout le monde regarde dans la même direction.

PIPA: Néanmoins, le calendrier national a été fortement modifié au fil du temps.
D.S.: Nous avons continué notre restructuration. Nous avons d'abord écouté ce que la base avait à nous dire. Et au final, les gens voulaient plus de concours nationaux de grand demi-fond. Nous avons développé cela dans toutes les catégories, tant chez les vieux que les jeunes. Cependant, le programme des 6 concours nationaux consécutifs pour les pigeonneaux était trop exigeant. C'est pourquoi nous sommes revenus à l'ancienne formule des 4 nationaux.

PIPA: Même chose pour les vieux l'année dernière
D.S.: Encore une fois, nous nous sommes basés sur ce que les amateurs avaient à nous dire. Les amateurs de fond et leurs yearlings moins expérimentés voyaient dans les concours provinciaux une opportunité parfaite de leur faire acquérir de l'expérience. De plus, tout le monde était d'accord sur le fait qu'il y avait bien trop de concours nationaux en général. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi d'alterner un concours de grand demi-fond avec un concours de (grand) fond chaque semaine. Par la même occasion, nous avons répondu aux exigences du bien-être animal qui souhaitait voir notre programme un peu plus allégé, surtout pour les yearlings et les pigeonneaux.

PIPA: Le nouveau calendrier de vol a donc été accueilli positivement?
D.S.: Je pense que nous disposons actuellement d'un calendrier national parfaitement équilibré. Il est impossible de contenter tout le monde. Nous en sommes bien conscients au sein du CSN. Nous essayons toujours d'analyser les choses correctement et de les ajuster si besoin. Notre objectif est de laisser jouer les gens dans la discipline qui leur convient. Nous devons alors tout structurer afin de réduire les coûts.

PIPA: Mais le sport colombophile souffre toujours d'un problème d'image.
D.S.: Pourtant, le sport colombophile véhicule une image positive de la Belgique. Le problème est que certains politiques belges n'ont aucune idée de ce que le sport colombophile apporte à la Belgique et ce que notre pays signifie aux yeux des amateurs du monde entier. La Belgique est le pays berceau du sport colombophile, ce n'est pas rien.


Le conseil de gérance national de la RFCB

La fronde autour de WPROL

PIPA: Il y a eu de nombreux problèmes lors de la réalisation des résultats avec WPROL. Qu'est-ce qui ne s'est pas bien passé?
D.S.: Tout d'abord, il y avait à l'origine des individus et des institutions qui craignaient que cela serait un gouffre financier. Cependant, il y a de nombreux aspects positifs de travailler avec WPROL.

PIPA: Ces problèmes ont amené de l'eau au moulin des critiqueurs. N'aurait-il pas été mieux d'utiliser cette première année comme une année test?
D.S.: Non, au contraire… nous aurions très bien pu rencontrer tous ces problèmes au cours de l'année prochaine. Certes, nous avons dû travailler dans la précipitation mais je ne pense pas que c'est là que l'on doit trouver l'explication.

PIPA: Où dois-t-on la trouver alors?
D.S.: Sans rentrer dans les détails, on peut attribuer ces problèmes à 3 causes principales. En résumé, nous avons été victimes de facteurs externes, même s'il y avait également des problèmes en interne et en externe. En conséquence, tout a été retardé et nous avons dû faire face à tout cela. Ensuite, on a extrapolé les choses. Je trouve que c'est regrettable car pour moi, WPROL présente de nombreux aspects positifs.

PIPA: Les problèmes sont-ils maintenant définitivement résolus?
D.S.: Avec l'amélioration du programme et la modification de toutes les données, les problèmes devraient être définitivement résolus. Le résultat final est là. Les classements des championnats nationaux de grand demi-fond, de fond et de grand fond ont été fournis à temps! Je rappelle que personne n'a rien eu à envoyer. Cela peut paraître anodin mais au sein de la RFCB, cela permet à certains membres de notre personnel d'économiser 2 semaines de travail à tout vérifier et à tout calculer. Les amateurs ont finalement pu consulter ces résultats à la fin de la saison et non entre chaque concours comme cela avait initialement été prévu. Mais tout rentrera dans l'ordre.

PIPA: Pouvez-vous nous citer les points positifs de l'utilisation de WPROL?
D.S.: Oui bien sûr. Pour chaque concours, les amateurs ont la possibilité de consulter les résultats nationaux, zonaux et provinciaux. Ils peuvent obtenir une vue d'ensemble de chaque concours mais aussi de chaque pigeon. En se connectant, ils peuvent également voir leur gain en argent. C'est évidemment positif. Dès l'année prochaine, lorsque tout marchera parfaitement, il y aura de nouvelles possibilités qui rendront l'utilisation de WPROL encore plus agréable. Ce programme nous offre de nombreuses possibilités. Il y a même la possibilité d'obtenir un programme pour la réalisation des pedigrees. Mais peut-être devrions-nous proposer cette option aux gens qui souhaitent vraiment l'utiliser.

PIPA: Les objectifs fixés pour cette année peuvent-ils donc être réalisés?
D.S.: Si tout le monde fait son travail correctement, oui c'est faisable. On pourrait alors publier chaque semaine des classements intermédiaires pour les championnats nationaux et les as pigeons. Les amateurs sauront alors à quoi s'en tenir.

PIPA: Vous et moi, nous sommes à l'aise avec les ordinateurs mais ce n'est pas le cas de tous les amateurs.
D.S.: Au sein de la RFCB, nous avons bien compris qu'une certaine catégorie d'amateurs était réfractaire à la modernisation. Certains aiment encore disposer d'un résultat sur papier. C'est pourquoi je pense que nous devons continuer à imprimer les résultats sous leur forme de papier. Je pense par exemple à fournir un résultat par société, là où les amateurs sans PC pourraient très bien le consulter. J'ai moi-même eu l'idée personnelle de fournir à chaque amateur un récapitulatif de tous ses résultats à la fin de la saison. Avec WPROL, c'est parfaitement possible. De nombreuses possibilités s'ouvrent à nous.

PIPA: Il s'agit en effet de belles perspectives. Mais il y a encore du pain sur la planche.
D.S.: Laissez-moi résumer: nous avons lancé une modernisation avec une présentation et une réalisation plus conviviale des résultats et des championnats. Nous pouvons encore développer d'autres choses au cours des prochaines années avec la création de nouveaux outils. Avec la numérisation, tout est possible.

Les concours nationaux, les lâchers, les contrôles et KBDB-online

PIPA: Etes-vous satisfait du déroulement de la saison 2017?
D.S.: Oui, en grande ligne. Cette année, les dieux de la météo étaient de notre côté. Hormis Barcelone qui a connu un déroulement laborieux, les autres concours nationaux se sont très bien déroulés.

PIPA: Les lâchers ne sont pourtant pas une sinécure.
D.S.: En ce qui concerne les lâchers, j'ai assisté à beaucoup de chose au cours de cette législature. Surtout au fait de se tenir à des décisions prises au préalable. Je pense que personne ne se rend réellement compte de la pression que l'on subit lorsqu'on doit prendre la décision d'un lâcher car ce n'est jamais sans risque. Il y a en effet des risques pour les organisateurs, les chauffeurs mais aussi les amateurs. Surtout pour ces derniers, car en cas de report d'un lâcher, les conditions peuvent soudainement leur devenir défavorables alors que ce n'était pas le cas la veille. Pensez par exemple au vent qui change de direction et qui pousse les pigeons de l'autre côté. Lorsque les choses ne se passent pas bien, c'est toujours la faute d'un autre et ils sont prêts à faire feu. Parler par la suite est toujours très facile mais prendre la décision de lâcher ou non sur le moment, c'est autre chose.

PIPA: C'est en effet regrettable...
D.S.: Ces dernières années, nous avons reporté plusieurs concours à certaines reprises, lorsque les conditions n'étaient pas optimales. Cette année, cela a même été le cas pour les concours de vitesse et de demi-fond. Ces décisions ont toujours été prises dans l'intérêt des pigeons. En cas de doute, il vaut mieux ne prendre aucun risque, c'est en tout cas ce que l'expérience nous a appris.

PIPA: On parle depuis plusieurs années de nouveaux systèmes de contrôle, de la suppression du contrôle de la bague caoutchouc… qu'en est-il actuellement et où en êtes-vous?
D.S.: Le temps est venu de se moderniser à ce niveau. Si on maintient le contrôle de la bague caoutchouc en 2017, c'est qu'on ne connaît pas grand-chose à ce sujet. Bien que je pense personnellement qu'il devrait toujours y avoir une certaine forme de contrôle. Travailler là-dessus et optimaliser la situation représente un défi majeur pour les prochaines années à venir.

PIPA: J'écoute…
D.S.: La question que l'on doit se poser est la suivante: jusqu'où est-on prêt à aller? Les bagues caoutchouc datent d'un autre temps. C'est une plaie pour les sociétés, vu leur coût et le temps que cela requiert. Il faudrait réaliser une analyse coût-avantage. Prenez un concours avec 20.000 pigeons au départ. Pensez au coût des bagues, au travail requis lors de la rentrée des appareils et du nombre de personnes qu'il faut pour mener tout cela à bien. Tout cela pour contrôler 1 ou 2 pigeons seulement.

PIPA: Quelle est l'alternative?
D.S.: Cela peut être compensé par plusieurs formes de contrôle supplémentaire. Avec le développement du site KBDB-online, on est dorénavant beaucoup plus efficaces pour le contrôle des arrivées. Pour les amateurs, c'est également un point positif puisqu'ils peuvent suivre en direct le déroulement du concours, tant sur le plan national que provincial ou bien tout simplement sur le plan local. Dans le futur, le but est de continuer à automatiser et à optimaliser tout cela. Enloger directement via WPROL est également une option mais cela demande une adaptation de la part des locaux d'enlogements.
C'est la raison pour laquelle nous pensons à un nouveau système de contrôle basé sur le tapis de fond des paniers d'enlogement. Il s'agirait en fait de tapis intelligents capables de détecter quels pigeons sont présents dans les paniers, tout cela grâce à la bague électronique. Une fois sur le lieu de lâcher, on pourrait alors contrôler quels pigeons sont effectivement sur place. Reste la question de savoir si c'est réellement faisable?

PIPA: J'ai envie de dire: qu'est-ce que vous attendez? Est-ce que c'est si cher?
D.S.: Cela dépend du nombre de tapis dont nous aurons besoin et combien nous devrions en commander. Nous estimons que cela représente un coût total de 1,5 à 2 millions d'euro. Nous pourrions financer ce projet via les économies et la future réduction de la masse salariale (de 200 à 300.000 euro sur base annuelle, suite aux pensions) mais aussi avec la recherche de partenaires et d'investisseurs.

PIPA: Ici, on parle uniquement de fraude mécanique mais cette fraude existe également sous l'aspect physique, sous la forme du doping. Comme vous vous en rappelez certainement, cela à fait de nombreuses vagues l'année dernière. Quelle est la situation à ce sujet?
D.S.: Vous savez, je pense que personne ne nous contredira sur le fait qu'il existait certaines colonies qui, ces dernières années, écrasaient véritablement la concurrence en décourageant la plupart des amateurs. Je pense que vous en êtes bien au courant. A la RFCB, on souhaitait enquêter à ce sujet. Voir s'il n'y avait pas un problème de fond. Lorsque nous avons annoncé cela lors d'une AG, cela a été fort bien accueilli. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes dirigés vers le laboratoire d'Afrique du Sud.

PIPA: Il s'est ensuite avéré qu'il se passait certaines choses?
D.S.: Oui, cela s'est avéré évident dès les premières analyses. Le règlement doping a alors été modifié, renforcé.

PIPA: Mais ça vous est revenu comme un boomerang en plein visage?
D.S.: C'est effectivement comme cela qu'on pourrait le décrire. Le problème est que la situation s'est envenimée sur base de ragots et de rumeurs. On ne pouvait alors plus rien faire.

PIPA: D'où provenaient les informations incorrectes?
D.S.: Une certaine source a mentionné 9 cas positifs au doping. D'où provenait cette information, personne ne le sait. Qui étaient ces 9 concernés, cela n'a jamais été vraiment clair. Les gens ont alors commencé à parler sur les forums et les réseaux sociaux et ils voulaient tous voir des têtes rouler sur le sol. Mais ce n'est pas comme ça que ça marche. Alors que personne n'avait accès aux dossiers, certaines personnes se sont mises à porter des jugements alors qu'ils ne connaissaient rien du sujet. C'était de la pure spéculation puisque personne ne savait rien des dossiers et de leurs contenus, ni des analyses et de ce qui avait été dit. A partir de ce moment-là, tout le monde à la RFCB était impuissant.

PIPA: Comment ça?
D.S.: Vous savez, tout le monde est présumé innocent tant que le contraire n'est pas prouvé et que la dernière procédure n'est pas menée à son terme. C'est pour cela que la RFCB n'avait absolument rien à communiquer car il y avait un risque de vice de procédure. Cela, les gens ne veulent pas le comprendre.

PIPA: Pendant ce temps, certaines affaires ont été révoquées.
D.S.: Le règlement doping a été réévalué dans son ensemble et nous y avons apporté certaines modifications. Des études scientifiques ont été menées par les membres de la WAC, ce qui a rendu ces modifications nécessaires. Pendant tout ce laps de temps, des études ont été réalisées afin de savoir quelle(s) substance(s) contenai(en)t certains produits et quels étaient leurs effets sur les performances sportives, même chose en ce qui concerne les contaminations naturelles. Les résultats ont été soumis à un laboratoire, à la WAC, au ministère… et nous en avons tiré les conclusions nécessaires. Des décisions ont alors été prises et les affaires en cours ont dû être réanalysées.

PIPA: Cette année, nous avons connu un autre problème à cause de la grippe aviaire.
D.S.: Là, il y a lieu de faire quelque chose au niveau européen. Mais le gros problème est dû au fait que le virus mute facilement et adopte de nouvelles formes. En conséquence, de nouveaux tests et de nouvelles études sont nécessaires chaque fois qu'un nouveau cas est détecté. Le pigeon voyageur se trouve en bout de chaîne et n'est pas immédiatement concerné mais cela ne signifie pas non plus qu'il ne sera jamais porteur du virus.
Il y a aussi le fait que l'AFSCA soit concernée par tout ce qui a trait à la consommation humaine. C'est compréhensible. On parle quand même de produits destinés à la consommation humaine et donc de leurs dangers potentiels. Le sport colombophile n'a aucune importance.

Que nous réserve l'avenir?   

PIPA: Parlons maintenant du futur. Je vous pose une question d'emblée: la RFCB n'aurait-elle pas besoin d'adopter une meilleure communication vis-à-vis de l'extérieur? Cela aurait pu vous éviter de nombreux problèmes.
D.S.: Je suis d'accord avec vous. Personnellement, je pense qu'il faudrait créer un poste de porte-parole et recruter quelqu'un. Quelqu'un qui serait en quelque sorte le point de contact pour l'extérieur et qui serait chargé d'y communiquer. Mais cette personne aurait aussi d'autres tâches, comme la publicité, le sponsoring, etc. En principe, on devrait informer la presse toutes les deux semaines, voir tous les mois, via un communiqué de presse ou une conférence de presse dans lesquelles on communiquerait à propos de nos décisions, de notre travail, des nouveautés ou de la situation de certaines affaires. Il s'agirait en fait d'une 'newsletter' destinée à nos membres. Car, à l'exception du bulletin national, on ne dispose d'aucun outil pour atteindre les gens. Que la RFCB se mette à diffuser des informations correctes, ce serait déjà un grand pas dans la bonne direction.

PIPA: Y'a-t-il certaines choses sur le plan sportif que vous souhaitez mettre en avant?
D.S.: Oui, quelque chose que je n'ai pas encore vu dans aucun programme électoral. Rendre notre sport ‘moins cher’ et ‘plus accessible’. Cela afin d'endiguer la baisse du nombre d'amateurs et, potentiellement, d'en attirer de nouveaux. Nous devrions être capables de faire quelque chose sans que cela ait un impact sur nos amateurs.

PIPA: A quoi pensez-vous?
D.S.: Par exemple en posant ouvertement la question (par exemple via un référendum) de savoir comment nous voulons organiser le sport colombophile dans le futur. Ne serait-il pas mieux d'organiser tous les concours à partir de la France le samedi uniquement? Lorsque les conditions de vol sont normales, les amateurs de vitesse et de demi-fond pourraient ainsi bénéficier de leur après-midi pour le consacrer à leur famille. Pour les concours plus lointains, les gens seraient libres le dimanche. En cas de mauvais temps, on reporte tout simplement au dimanche et pas besoin de prendre de congé supplémentaire pour le lundi. Pour les amateurs qui travaillent encore, et il y en a beaucoup, ce n'est jamais une sinécure.
Pour le demi-fond, les gens sont obligés de se rendre au local pour enloger le jeudi et le vendredi soir, cela devrait donc être également possible pour les distances plus courtes.

PIPA: Et pour plus loin?
D.S.: Continuer à optimaliser les coûts pour le transport, l'amateur et l'organisation. En organisant ses propres concours, la RFCB a réussi à maintenir à un niveau acceptable le prix des listes et des bagues.
Le sport colombophile doit également rester vivant au niveau local, à sa base, chez les amateurs et les sociétés. Pour les concours nationaux, je propose de régler directement les frais de transport aux sociétés. Une partie servirait alors à payer les coûts fixes (frais de déplacement/transport), une autre partie resterait au local et servirait de ristourne, une autre partie reviendrait à l'organisateur provincial et la dernière à l'organisateur national.

PIPA: Donc, garder le sport colombophile en vie pour tout le monde: les amateurs, la fédération, les sociétés.
D.S.: Ce serait un must. Dans les nombreux programmes électoraux qui circulent sur internet, je vois surtout les candidats cibler quelque chose ou quelqu'un. C'est en quelque sorte du populisme. La plupart des amateurs se plaisent à dire ce qu'ils feront ou ce qu'ils changeront. Lancer des slogans n'est pas difficile. Mais je ne lis jamais comment ils s'y prendraient pour arriver à leurs fins selon les statuts existants et comment ils procèderont financièrement. Les statuts actuels stipulent que tout doit d'abord passer via l'AG et que l'on doit y obtenir la majorité requise. Celui qui pense être capable de changer les choses individuellement redescendra rapidement sur terre. J'ai moi-même vécu cela à plusieurs reprises en me heurtant à un mur.

PIPA: Ne serait-il pas préférable d'adapter les statuts ?
D.S.: Je partage le même avis mais, là encore, il faudra obtenir la majorité des 2/3 pour y arriver. Si j'ai bien appris quelque chose au cours de ces 6 années, c'est qu'il est important de penser dans l'intérêt de toute la Belgique. Encore une fois, faire bien pour tout le monde est difficile. L'essentiel est de trouver un juste milieu. Au sein du CSN, c'est resté notre ligne directrice. Il faut parfois savoir donner pour recevoir par la suite.

PIPA: Dans de nombreuses campagnes électorales, les gens abordent surtout les problèmes locaux propres à leur région, ce qui est parfois difficile à défendre au niveau national. Quel est votre avis?
D.S.: Effectivement. Mais on doit être capable de tout entendre. Ecouter est important. Quels sont les souhaits et les besoins des amateurs? Il y a parfois de bonnes choses à écouter. Mais il est également important de prendre en compte ce qui est réalisable. Il y a bien trop d'intérêts divergents dans notre sport. Les sujets alimentés par l'intérêt personnel doivent être filtrés directement.
Encore une chose: je lis de nombreuses propositions concernant les concours de vitesse, de demi-fond et même parfois de fond. Donc des choses relevant de l'aspect sportif. Mais nulle part on ne mentionne comment on va faire pour y arriver. Ou comment les gens comptent-ils gérer la RFCB qui, je le rappelle, est une entreprise moderne qui doit rester saine sur le plan financier. Si vous souhaitez siéger à Halle en tant que mandataire national, il serait temps de vous poser la question et apprendre à penser 'nationalement'.

PIPA: Vous êtes membre sortant et rééligible. Je suppose donc que cela représente un défi pour vous et que vous allez y travailler?
D.S.: Pour moi, la continuité est importante. Nous n'avons mené à bien qu'une partie infime du travail. Le sport colombophile s'est bien trop reposé sur ses lauriers. Notre tâche est loin d'être terminée. Le changement était plus que nécessaire. On peut nous reprocher d'avoir voulu aller trop vite et trop loin. J'ose admettre que nous avons pu nous tromper. Mais y'avait-il réellement une meilleure option?

PIPA: Comme nous l'avons déjà évoqué au début de notre entretien, la modernisation était plus que nécessaire?
D.S.: Notre sport et l'image qui lui colle à la peau sont toujours vivants. Mais pour maintenir cette image, il était temps d'évoluer et de la moderniser. C'était le but. N'est-ce pas la même chose dans chaque société? Une société qui n'évolue pas avec son temps devient difficile à gérer. C'est la même chose pour la RFCB. Innover, moderniser, évaluer et modifier si besoin. Il faut toujours se poser les bonnes questions. Sinon ça ne sert à rien.

PIPA: Et quid de la promotion de notre sport?
D.S.: C'est primordial. La RFCB a mené à bien un grand projet de promotion du sport colombophile en collaboration avec PlattelandsTV et le premier volet de ce film de promotion est déjà sorti cette semaine. L'objectif est évidemment de promouvoir notre sport, que ce soit en Belgique ou à l'étranger, afin de recruter de nouveaux adeptes. Les premiers épisodes ont déjà été réalisés et je dois dire que le résultat est bluffant.

PIPA: Dernière question: comment voyez-vous le futur de la RFCB mais surtout du sport colombophile?
D.S.: Je reste positif à ce sujet. Nous avons commencé notre projet il y a six ans et nous avons posé les premières bases dans la bonne direction. Nous avons déjà réalisé plusieurs choses mais, je le répète, le travail est loin d'être terminé. C'est pourquoi j'aimerai être réélu pour continuer mon travail. Mais c'est à l'électeur de décider. Ce que j'aimerai par-dessus tout, c'est transférer une fédération saine sur le plan financier à la nouvelle équipe dirigeante. La politique générale que nous avons mise en place doit permettre à la nouvelle équipe dirigeante d'aller plus loin. Et j'aimerai évidemment en faire partie.

PIPA: Dirk, merci pour cet entretien et bonne chance pour la suite.

Loading ...

Loading ...


Loading...