Le projet Ichtor: les enfants et leurs amis à plumes

Suzy Schollier, institutrice de 4ème primaire, nous en dit plus à propos d'Ichtor, un projet pédagogique développé à l'école primaire “De Schatkist” à Ichtegem (Flandres).

1. Le début

Depuis plusieurs années, j'apporte de jeunes pigeons à mon école lors de la 'journée de l'animal' que nous organisons annuellement en Octobre. J'ai montré ces pigeons dans toutes les classes, tant chez les maternelles que chez les primaires. Les enfants connaissaient déjà leur chien, chat, hamster ou poisson, ou bien encore les animaux que nous avons à l'école: des cochons d'inde, des lapins ou des poules. Mais qu'en était-il des pigeons voyageurs? C'était une autre paire de manche. Mais, années après années, j'ai été touchée de voir toutes ces petites mains carresser les pigeons et entendre des cris d'excitements à chaque fois qu'ils les apercevaient. Parfois, les enfants étaient complètement appeurés de voir ces drôles d'animaux, mais d'autres enfants les ont convaincus de caresser leurs petites têtes ou de simplement toucher leurs plumes... pour enfin réaliser que les pigeons ne les 'piqueraient' pas. Cette journée des animaux organisée à l'école est très importante pour les enfants.

J'ai donc trouvé une activité scolaire à développer, tout comme d'autres collègues ayant un certain talent pour la musique ou la danse l'auraient utilisé pour des activités scolaires artistiques. Mais j'ai consacré ma vie aux animaux. Et je suis une colombophile jusqu'aux bouts des os. Dès ma plus tendre enfance, je suivais mon père dans ses pigeonniers, en dessous desquels les poules picoraient les graines qui étaient tombées du plancher. Mais ce n'est pas cela que je voulais montrer aux enfants. Je poursuivais d'autres objectifs. Des objectifs qui requièrent de la détermination, un engagement et de la régularité venant de toutes les parties engagées. La raison principale pour laquelle j'ai opté pour les pigeons à ce moment? J'avais une classe très difficile sur le plan émotif. Deux enfants adoptés venaient de perdre leur père, un garçon venait de perdre sa jeune mère et... on venait de diagnostiquer un cancer du cerveau chez une petite fille! (Elle est d'ailleurs une nouvelle colombophile!) Je voulais un endroit spécial pour que tout ces enfants puissent partager des moments privés lorsque c'était nécessaire! Un pigeonnier! Pourquoi pas?
Les pigeons sont des créatures vivantes, difficiles à manipuler et qui requièrent beaucoup d'attention, et rien n'arrive spontanément ou n'est acquis directement. Vous ne pouvez donc pas les comparer à un chat qui veut être carressé ou à un chien qui s'asseoit calmement lorsqu'on le lui ordonne. Cette mystèrieuse interaction entre le maître et une créature vivante qui a sa propre volonté, voila ce que je voulais montrer à ma classe. Dans ma classe, il y a toujours beaucoup de discussions et de petits philosophes. Le professeur reçoit toujours beaucoup de question, et beaucoup d'entre elles concernent les pigeons, apparemment parce que le professeur raconte toujours de belles histoires à leurs propos. Et on passe alors d'une chose à l'autre, aussi calmement et inattendu qu'une légère brise qui vous parcourt le corps.

2. Les trois dernières années d'Ichtor: une superbe relation enfant-pigeon!

Voila une idée intéressante: avoir des pigeons à l'école, un endroit qui regroupe beaucoup d'enfants. Chaque classe, de la première à la sixième, sait qu'il y a des pigeons et que la 'professeur pigeon' Suzy et ses élèves d'Ichtor ne sont jamais loin du pigeonnier Ichtor! L'endroit concerné: l'école 'De Schatkist', Koekelarestraat 14 à Ichtegem. Et à propos du professeur? Elle possède aussi des pigeons chez elle et vit à Torhout. Le projet ‘Ichtor’ était né et le premier pigeonnier fut érigé dans le jardin de l'école, avec l'aide des donations provenant des nombreux sympathisants du ‘De Riddersclub van België’, une initiative de Dirk Schree. Au départ, cette initiative n'a reçu aucune aide de la R.F.C.B.! Mais le manque d'espace m'a obligé à soliciter la RFCB. Le fait que cette année là concordait avec la promotion du sport colombophile a semble-t-il payé: cette fois, un deuxième pigeonnier fut érigé en compagnie d'un poulailler. Le ‘complexe hivernal’ était devenu réalité et se trouve toujours dans le jardin de l'école.

3. Organisation

Détenir des pigeons et s'en occuper s'apparente parfois à une corvée pour les amateurs, ce qui n'est pas vraiment le cas pour les enfants.
Cela semble avoir marché avec certains parents, avec des essais et des erreurs. Certaines choses semblent logiques pour un colombophile , mais cela peut être un vrai challenge pour un novice... Par exemple: de l'eau, c'est de l'eau non? Pourquoi ne pas utiliser de l'eau de pluie? De la nourriture, c'est de la nourriture, non? Pourquoi ne pas placer un seau rempli dans le pigeonnier? “Ce n'est pas vraiment un problème si on oublie de les nourrir une fois, non?” Pourquoi toujours replacer les plateaux aux mêmes endroits après avoir nettoyé le pigeonnier? Pourquoi les pigeons doivent-ils s'entraîner? Pourquoi ceci, pourquoi cela?! Il y avait toujours beaucoup de questions en rapport à ces fameuses boules de plumes. (Un blessé, un retardataire, un bagarreur, etc.) Mais les enfants et certains parents peuvent réellement être fiers des soins qu'ils ont apporté à ces petites bêtes! Ils s'en sont très bien sortis!

C'est pour cela que, ces deux dernières années, j'étais toujours au pigeonnier après l'école, de sorte à être sûre que les enfants intéressés par les pigeons, ainsi que leurs parents, puissent continuer à s'occuper de leurs protégés. C'est aussi la raison pour laquelle je suis toujours autant motivée à conduire de telles distances, même lors des weekends et lors des congés scolaires. Ils peuvent toujours me contacter s'il y a un problème, je suis toujours disponible. Même les voisins se sentent concernés lorsqu'ils remarquent quelque chose d'anormal. C'est vraiment touchant!

4. L'engagement

Ce pigeonnier est et restera un engagement que j'ai pris et mon plus grand principe est: un service en vaut un autre. Et donc, aussi longtemps que je serais en bonne santé, le projet Ichtor continuera et sa valeur pédagogique sera prouvée dans le futur. Mon but n'est pas de faire des colombophiles avec les enfants investis dans Ichtor; mon objectif est (et restera) de rendre les enfants familiers aux pigeons voyageurs. Qu'ils sentent l'amour de ces animaux. Les laisser goûter au côté mystérieux de cet animal. Leur faire apprécier la vraie valeur que représente le fait de s'occuper d'un animal. Etre patient jour après jour, être toujours là pour eux. Créer et maintenir une relation entre l'enfant et le pigeon.

5. Participer aux concours

Nous continuerons à participer aux concours. Entrainer, enloger, savoir quand les pigeons vont arriver et les attendre… Les enfants (et quelques parents) savent ce qu'il en est. Nous avons remporté quelques prix l'année dernière, le concours de Tours étant la plus longue distance que nous avons joué. J'ai noté, cependant, que les enfants ne sont pas vraiment des compétiteurs. Gagner c'est bien, mais ce qu'ils apprécient, c'est que les pigeons rentrent tous. (parfois après plusieurs jours!) La seule chose qui les intéresse, c'est de faire en sorte que leurs pigeons regagnent leurs pénates. Vous pouvez les entendre appeler leurs pigeons lorsqu'ils arrivent! Et vous pouvez remarquer leurs yeux qui brillent lorsque leurs amis à plumes reviennent à la maison, sans GPS! Ils ont un respect profond pour le pigeon voyageur!

6. Passer de la théorie à la pratique

Parfois, les mots me manquent. Etant moi même colombophile depuis des années, j'ai vu ou ressenti des choses que je ne pensais pas pouvoir être vraies. Mon respect pour les pigeons en est ressorti décuplé; si vous me le demandez, un pigeon n'est pas un animal ordinaire à mes yeux. Ces pigeons donnent aux enfants énormément de crédit. Ces boules de plumes ont accepté des choses que je ne croyais pas être possible. J'ai appris énormément durant ces trois ans avec Ichtor! J'ai vécu des moments très forts sur le plan émotionnel. J'ai remarqué que les enfants et les pigeons s'amusaient et s'appréciaient. Et pour moi, c'est à ça que cela sert. S'AMUSER! Jusqu'à présent, la théorie a certainement été mise en pratique et ça, vous ne pouvez pas le retirer aux enfants.

7. On continue!

Le fait que les enfants aiment tant les pigeons et vice versa me motive encore plus pour soutenir ce projet et lui faire connaître encore plus de succès, grâce à L'AIDE DE NOMBREUX AMIS! Il n'y a pas de doute: les pigeons aiment les enfants et les enfants aiment les pigeons. Détenir des pigeons à l'école en vaut vraiment la peine. Pour en être convaincu, demandez simplement aux enfants et aux parents des quatrièmes, cinquièmes et sixièmes années voir à ceux qui ont déjà quitté l'école!

8. Trois nouveaux colombophiles de 10 ans!

Pour la deuxième année consécutive, trois familles différentes (provenant du projet Ichtor) se sont lancées dans l'aventure colombophile en participant aux concours et, le moins que l'on puisse dire, est qu'ils s'en sortent bien. Le sport colombophile est donc bien en vie!
Ces jeunes colombophiles reçoivent l'aide de 'parrain' colombophile (un amateur qui leur apprend les ficelles du métier) et ils reçoivent une aide financière des 'fonds Ichtor'.

9. Les fonds Ichtor

Les ‘fonds Ichtor’ ont été créés il y a trois ans. Un groupe d'amateurs motivés ont donnés quelques-uns de leurs pigeons pour mon projet. Tout ces pigeons ont été vendus sur internet. L'argent récolté a été utilisé pour financer le projet et aider les nouveaux jeunes amateurs. Cela veut dire que l'école ne doit plus investir dans ce projet et que les nouveaux amateurs peuvent participer aux concours gratuitement. De plus, ces nouveaux amateurs reçoivent des pigeons en cadeau chaque année.

10. Conclusion

Nous voici déjà dans l'année scolaire 2011-2012… Le projet a été mis sur pied il y a maintenant quatre ans!
Nous possèdons 10 magnifiques yearlings ainsi que deux couples de deux ans au pigeonnier Ichtor. Les 10 veufs participeront de nouveau aux concours en avril. Une nouvelle classe est d'ores et déjà motivée à l'idée de s'occuper de ces boules de plumes. Ils apprécient énormément tous les aspects du 'sport colombophile'… Un groupe de parents s'est aussi engagé. Avec un peu de bonne volonté et beaucoup de motivation, le projet Ichtor se développera un peu plus et permettra aux gens de se familiariser avec le pigeon voyageur et tous les aspects du sport colombophile.

Il est remarquable de voir la manière avec laquelle les enfants sont fascinés par ces oiseaux. Vous devriez voir tout ces yeux qui pétillent! Donc, on continue! Les enfants aiment s'occuper des pigeons et sont 'connectés' à leurs amis ailés! Ils aiment vraiment leurs oiseaux et les pigeons aiment également l'attention qu'ils reçoivent et le fait que les enfants s'occupent d'eux. L'histoire d' ‘ICHTOR’ continue, c'est clair! J'ai un rêve…