
Guy FLANDRIN de Helfaut (Pas de Calais)
Pour écrire des légendes en matière de colombophilie, il est de bon ton de réunir certaines conditions. Il est sûr que cette édition 2005 avait tous les ingrédients le permettant mis à sa disposition. Ingrédients au goût très peu digestible pour nombre de colonies, laminées par d'importantes pertes, en nombre limité, certes, mais pas en qualité!
Evidemment, nous parlons d'une étape de grand fond avec tous les risques y liés. On ne peut cependant passer sous silence l'incompréhensible attitude des organisateurs en ce week-end de feu et de tonnerre. Etait-il vraiment raisonnable de lancer les oiseaux dans les conditions dantesques annoncées par Météo-France ce dernier mardi de juin? Pouvait-on se moquer de cette perturbation? Pouvait-on ignorer l'état d'alerte "orange" décrété sur le territoire français allant d'une ligne débutant dans le Sud de la France et s'amplifiant pour englober totalement la petite Belgique?
Après avoir montré de la prudence durant trois jours en raison de la météo, pouvait-on aller contre toute logique en balançant de la sorte le contingent à la porte des camions?
Ce ne sont certainement pas les informations laconiques disponibles sur le site de la Colombe Joyeuse et faisant état du report du "lâchement" qui viendront apporter de l'eau à leur moulin.
Désolé, mais le soudain "tout est en ordre pour effectuer un lâcher dans les meilleures conditions", nous n'y croyons guère! C'était risquer le jeu de massacre en envoyant les pigeons là-dedans! Heureusement que la qualité est de plus en plus grande, que notre pigeon est capable de s'adapter en toutes circonstances. Il faut cependant ne pas perdre de vue que lorsque le concours est terminé, lorsque les prix sont remportés, les trois quarts des oiseaux sont encore en chemin, très affaiblis par un long séjour au panier et dans l'impossibilité pour la plupart de redémarrer après avoir été surpris par les violents orages.
D'immanquables questions se posent! Pourquoi faut-il attendre trois longues journées dans le brouillard des montagnes et ce au vu des prévisions pour les jours suivants, plutôt que de profiter de la nouvelle mobilité donnée au transport par route? Nous comprendrions pour le rail, mais pour la route? Une question de réglementation? C'est en hiver que l'on doit discuter réglementation, pas lorsqu'un si important contingent court un risque majeur et que l'on ne peut trouver de terrain d'entente dans l'urgence! Des dispositions existent-elles pour un éventuel retour des pigeons dans les locaux en cas de report trop important et ce depuis le La Souterraine 2002 de sinistre mémoire? Nous avons compulsé le règlement sportif national sans déceler d'allusion à cela. Existerait-il une réglementation allant dans ce sens et qui aurait "contraint" de libérer sous peine de rentrer? Espérons que non!
N'allez pas croire que nous ayons quelque griefs ou oeufs à peler avec les organisateurs. Nous nous faisons simplement le relais de ce que nous rapportent nos lecteurs.
La tâche de celui qui doit donner l'ordre de lâcher est ingrate, difficile et en toutes circonstances il y aura toujours des mécontents. Cette fois, cependant, c'est d'incompétence qu'il est question!

Ce long préambule ne doit cependant pas nous écarter de l'essentiel du reportage: le vainqueur international de Pau! Quelle que pussent être les conditions, vainqueur il y a et c'est à son crédit qu'il faut mettre la difficulté accrue! Triompher en pareilles circonstances est simplement magistral!
" Ourasi I" de Guy Flandrin est entré dans la légende colombophile en écrivant l'une des plus difficiles pages des dernières éditions de Pau!
Il fallait vraiment un oiseau exceptionnel pour traverser ces remous et caprices du temps sans dévier, sans perdre courage. Le fait qu'il soit arrivé avec une brindille de paille entre les pattes et des fientes sur l'intérieur de la queue démontre qu'il a accompli le voyage de retour d'un seul tenant, il n'a ni bu, ni ressenti le besoin de se poser. Plus de douze heures 30 de vol sans un seul moment de repos! Un champion hors norme, un oiseau extraordinaire!
Cocorico, cocorico et encore cocorico!
Décidément la belle histoire d'amour entre l'étape de Pau et la France colombophile ne semble trouver de fin. Voilà trois fois lors des quatre dernières éditions que nous sommes convié à passer la frontière afin d'aller féliciter le vainqueur international. Et la seule fois où nous avons déroger à cette règle, le concours fut annulé pour cause de peste aviaire, en 2003!
En 2002, nous rendions ainsi visite au charmant couple Pierre et Sandrine Verove afin de fêter le "Varenne". L'an dernier, c'est chez Frank Duquesnoy que nous menait notre périple afin d'aller voir ce petit pigeon aux origines Cattryse et Gorin.
Nous pourrions dire que cette édition 2005 possède bien des similitudes avec les deux précédentes s'étant disputées, puisque le pigeon Flandrin arbore lui aussi le patronyme d'un cheval et que ses origines proviennent de la lignée des fameux Gorin! Une synthèse en quelque sorte et ce pour triompher au plus haut niveau.
Vous parler de la joie de Guy Flandrin est indescriptible, il ne cessait de nous répéter son incrédulité face à cet événement venant bouleverser sa vie, son quotidien. C'est vraiment une victoire qui fait chaud au coeur, la sympathie transpirant littéralement de la maison Flandrin, dans laquelle nous débarquions en plein repas d'amis! Le courant passe directement et c'est un régal que de pouvoir plaisanter avec Guy et ses amis qui sont vraiment de formidables "bons vivants". Guy nous a avoué avoir eu du mal à trouver le sommeil, à l'affût des nouvelles de Hollande afin de s'assurer de son succès international.
Guère habitué à tant de sollicitations, il gérait difficilement cette soudaine apparition au premier plan. Le téléphone s'était adapté à la température extérieure et était rouge tellement il n'arrêtait de sonner. Tantôt pour les félicitations, tantôt pour l'intérêt pour le voilier!
C'est en compagnie de son paternel que Guy débuta au jeu de coulons. Il reprit bien évidement les commandes de la colonie laissée orpheline par la disparition de son papa, disparition brutale et en pleine jeunesse encore. Il se mit à jouer seul du côté de Blendecques. Il faillit mettre la clef sous le paillasson lorsqu'on lui déroba la totalité de ses oiseaux, à l'exception de trois. Il connut alors une traversée du désert lorsqu'il se décida à jouer les étapes de fond et de grand fond. C'est à cette époque qu'il fit l'acquisition de sujets Hetru, des descendants du "Saphir", donc le sang Gorin dans sa plus noble origine. Il éleva tant et plus avec ses nouvelles acquisitions mais avait l'impression de ne pas progresser. Il décida de supprimer la presque totalité de sa colonie et c'est à ce moment que se déclara son "012" qui commença à lui apporter pleine satisfaction au grand fond, sur Pau en particulier. C'est également à cette période qu'il fit l'acquisition d'un mâle Gorin provenant d'un petit amateur, Atzori et qu'il accoupla avec la soeur de nid de son "012" qui avait elle aussi miraculeusement échappé à l'élimination. Un couple en or venait de voir le jour et c'est précisément de ces deux oiseaux providentiels que provient le vainqueur international de Pau 2005! Tout ce qui vient de ce couple qui n'est jamais séparé et dont tous les produits sont gardés est d'une valeur exceptionnelle, mâles comme femelles!